Je me suis bien faite à mon appartement et après avoir pendu ma crémaillère hier soir, je passe ENFIN une soirée posée chez moi après plus d’un mois d’excitation permanente.
Ce matin (j’ai l’impression que c’était la semaine dernière), mon prof nous annonce la super nouvelle que notre premier gros projet de montage d’interview est à rendre mardi. Il faut trouver des gens, une histoire, un moment. Quelque chose d’intéressant qui mérite qu’on en parle.
Pour nous entrainer au montage, on avait déjà du faire ça pour ce matin. J’avais eu beaucoup de chance sur ce coup là. Je savais pas trop quoi faire donc je suis allée marcher dans Carrboro et pour me détendre, j’ai fait les fripes.
Dans l’une d’elle, un espèce d’Emmaüs pour aider la réinsertion sociale, un homme d’une cinquantaine d’années commence à me parler de lui quand je lui dit que je suis européenne. Je sors mon micro et c’est parti. Il, Bixente, me raconte comment son identité est conditionnée par le fait qu’il soit mi-natif américain (indien), mi-hispanique mais malgré tout citoyen américain.
Il éclaire beaucoup de points sur la question des minorités aux Etats-Unis, mais de l’intérieur.
Tout ça nourrit la réflexion qui me travaille depuis quelques années, la question des minorités en France et notamment de la minorité arabe se retrouve dans la question de la minorité hispanique ici.
Il me raconte aussi comment il a décidé de quitter Los Angeles parce qu’il ne se sentait pas en sécurité, et qu’il voulait s’éloigner de toute la corruption qui y règne. Comme toutes les villes des Etats-Unis (du monde ?), mais peut être particulièrement dans celle-ci, il y a deux mondes présents qui s’ignorent totalement tout en vivant côtes à côtes.
Bixente me dit enfin qu’ici c’est surement l’endroit où les rêves se réalisent… sans savoir qu’il participe à l’un des miens.
Sans vouloir verser dans le sentimentalo-larmoyant, pour moi faire du journalisme, outre informer, c’est profondément rencontrer des gens, révéler en quoi leur histoire est singulière et intéressante. Parce que tout le monde, absolument tout le monde a une histoire singulière et intéressante.
Bref, j’ai eu de la chance de le rencontrer.
Aujourd’hui, j’étais sérieusement contrariée, car je savais que je ne serai pas dispo ce week end pour chercher une histoire, un moment, et je balisais.
Alors, j’ai décidé de retourner à Carrboro, me disant que j’aurai peut être de la chance, encore, qui sait.
C’est tellement prévisible, mais oui, j’ai encore eu de la chance.
Je marchais paisiblement perdue dans mes pensées, j’arrive au passage piéton et j’appui sur le bouton (oui ici ça devient pas vert si t’appuies pas sur le bouton) pour passer.
Devant moi, une femme en fauteuil roulant. Elle me remercie, et engage la discussion. Elle se présente, me demande ce que je fais dans le coin.
Alors je lui raconte, simplement, je cherche une histoire.
Elle me dit que je peux choisir son histoire ! Ellen, c’est une femme handicapée moteur, d’un handicap qui affecte aussi son élocution et ses gestes du haut du corps, d’une cinquantaine d’années, avec un énorme bac derrière son fauteuil roulant.
Elle est passée par des périodes difficiles mais maintenant et depuis quelques années, elle dirige son propre business en tant qu’avocate spécialisée dans les droits des handicapés. Elle m’emmène exactement où je veux aller pour trouver une histoire intéressante : le siège d’une association d’abris pour SDF. Elle connait tout le monde, me présente comme son amie journaliste, enfin bref, du gros délire, du bonheur, des étoiles dans les yeux blablabla.
Elle me fait rencontrer la manager et je fais mon interview.
Ensuite, c’est Ellen que j’interview, parce qu’elle est quand même beaucoup plus intéressante. Elle me raconte comment le centre l’a aidée à rencontrer du monde pour monter sa boite, mais surtout a été une oreille attentive à ses problèmes. Elle me dit que ça a changé sa vie. Et c’est sans doute vrai. Elle a écrit deux livres, elle est très active et reconnue en Caroline du Nord et elle me dit qu’elle est sans doute la femme la plus puissante de Carrboro. Ca me fait rire mais je la crois.
Voilà, c’est exactement pour ça que je veux faire du journalisme, c’est exactement pour ça que je marche sans but tous les week ends dans Carrboro, c’est exactement pour ça que je suis venue ici.
C’est peut-être pas vraiment des « news », et pas vraiment informatif, mais c’est définitivement un moment et une histoire.
C’est aussi pour ce genre de rencontres et d’imprévus que je ne reste pas dans mon coin, comme j’en ai parfois un peu l’habitude. Et c’est évidemment aussi pour ça que malgré tous leurs travers, j’adore les Etats-Unis.
Bon et sinon, demain je pars dans une cabane à la montagne, il va enfin faire moins de 30°C, le tout avec un allemand, deux danois, une suédoise, deux américains, un anglais, une néo-zélandaise, un australien, une tchèque et une française !
Bisou !
Deviens biographe!
RépondreSupprimerHaha non je plaisante.
MAis au fond c'est de l'actualité aussi ! En révélant une histoire tu mets en lumière un problème en particulier, la réalité d'une personne ou d'une minorité. Ce n'est pas forcément de l'actualité brulante, mais c'est une information qui mérite d'être traitée aussi...