La dernière ligne droite, déjà.
Dans deux semaines, le premier semestre sera terminé, clos. Avec lui, s'en iront Alice, Nick, Simon, Kristina, Laure, Ana qui ne restaient que pour quelques mois.
Mais en attendant, les réjouissances se poursuivent.
J'ai passé ma première nuit d'angoisse totale à la bibliothèque, enfermée entre quatre murs à écrire, enregistrer et monter mon projet final en une seule nuit. Je n'avais pas pu le bosser pendant Thanksgiving parce que j'étais beaucoup trop occupée à kiffer à fond la ville géniale qu'est la Nouvelle-Orléans.
En m'y baladant, je me suis plusieurs fois fait la réflexion que cette ville serait typiquement le genre de ville américaine dans laquelle je pourrai vivre à long terme.
Carrboro est trop petite, Washington trop morte, New York un peu trop cinglée, Boston beaucoup trop propre...
Bon, c'est vrai, je n'ai pas encore vu tant de villes américaines que ça. Mais déjà, NOLA la mignonne remporte tous les suffrages.
Je suis arrivée mercredi en fin de journée, et j'ai retrouvé Tomas à l'aéroport Louis Armstrong. Pierre, chez qui on allait loger pendant ce séjour, est venu nous chercher.
Sa maison était un peu excentrée du centre-ville, le French Quarter, mais c'était tout de même largement desservi. On adore le bus, en plus.
La Nouvelle-Orléans est une ville à l'image des Etats-Unis eux-mêmes.
Incroyablement multi-culturelle, bercée par l'influence coloniale française, espagnole, créole... On dit beaucoup que la Nouvelle-Orléans est une ville dangereuse depuis l'ouragan Katrina. Je n'ai pas vraiment ressenti de tension quand j'y étais mais je ne me suis aventurée dans les quartiers un peu moins mainstream que pour un court laps de temps en plein après-midi.
Et puis je crois dur comme fer depuis toujours que ton comportement avec les gens va induire le comportement des gens avec toi.
C'est surement faux dans la plupart des cas, mais ici, ça a très souvent fait ses preuves.
L'ouragan Katrina, tout le monde en parle. Même si c'était il y a déjà 7 ans, tout le monde en parle ici. Dès qu'on cause un peu à quelqu'un dans le bus ou dans la rue, l'ouragan ne tarde pas à arriver dans la conversation.
Certains ont tout perdu mais le vivent relativement bien, en se disant que c'est un nouveau départ, pour une nouvelle vie.
D'autres ne veulent pas tout à fait tourner entièrement la page et travaillent encore sur leur maison dévastée.
On a l'impression que personne ne le vit comme une fatalité.
L'ouragan est passé, mais la vie continue.
On est allés faire un tour dans le quartier qui a été le plus atteint par les inondations. Evidemment, il était désespérément pauvre, très majoritairement peuplé de noirs et complètement délabré. Abandonné des hommes et du monde.
La Nouvelle-Orléans est typique d'une ville du Sud. Les gens. Chaleureux, ouverts, serviables. Comme ce père et son fils qui nous ont pris en voiture, voyant qu'on attendait le bus dans le froid... Ou cette meuf semi-bourrée (à 3h de l'aprem) qui a proposé à deux coréens paumés de les héberger chez elle pour la nuit...
Si la Nouvelle-Orléans était en Europe, ce serait définitivement une ville méditerranéenne, du Sud de l'Italie ou même du Maghreb.
Mais le plus important à la Nouvelle-Orléans, au fond, ce n'est ni l'ouragan, ni la bouffe créole, ni les gens. C'est la musique!
On m'avait dit qu'il y avait de la musique partout, tout le temps. J'avais pas du tout imaginé ça. C'est vrai, il y a de la musique absolument partout, absolument tout le temps.
Au resto, les musiciens jouent en live, dans les supérettes, le jazz passe à la radio, et les bars... aaah les bars. On dirait des endroits d'un autre temps, coincés dans les années 1950 où on en savait beaucoup moins sur tout et où s'en foutait aussi. La plupart sont minuscules mais pleins à craquer. Le mec à l'entrée ressemble à Hemingway s'en fout de ton âge, de toute façon il est ivre lui-même. A l'intérieur, tu entends parler à peu près toutes les langues, ou plutôt tu les devines parce que le groupe de jazz qui est là met le feu à l'étroite scène où ils tiennent difficilement à 5 avec leurs instruments.
Tu peux fumer à l'intérieur, tu trouves ton spot pour danser, tout le monde te parle... les gens te prennent dans leurs bras, les vieux tiennent à peine debout, personne n'y pense et tout le monde s'en fout. Toi-même, tu oublies complètement que t'es aux Etats-Unis, dans ce pays qui peut être si rigide et triste parfois.
Je garderai particulièrement en mémoire le bar pas terrible en soi mais où une dizaine de jeunots, surement mon âge ou moins, jouaient tous ensemble du jazz traditionnel avec énergie et niaque, blancs et noirs, ensemble. Bon j'avoue je suis semi-tombée amoureuse du magnifique tromboniste re-noi qui a fait un call spécial "to the people coming right from Paris".
La Nouvelle-Orléans se démarque vraiment du reste des Etats-Unis, en tous points, et en même temps elle est incroyablement à l'image de ce pays un peu tordu mais vraiment attachant.
Sans transition, ni rapport, voilà trois petits liens de vidéos méga coolos, voyez les, elle sont vraiment bien! (Je n'arrive pas à mettre des vidéos viméo sur Blogspot...)