mardi 29 novembre 2011

Laissez le bon temps roulez

La dernière ligne droite, déjà. 
Dans deux semaines, le premier semestre sera terminé, clos. Avec lui, s'en iront Alice, Nick, Simon, Kristina, Laure, Ana qui ne restaient que pour quelques mois. 

Mais en attendant, les réjouissances se poursuivent. 
J'ai passé ma première nuit d'angoisse totale à la bibliothèque, enfermée entre quatre murs à écrire, enregistrer et monter mon projet final en une seule nuit. Je n'avais pas pu le bosser pendant Thanksgiving parce que j'étais beaucoup trop occupée à kiffer à fond la ville géniale qu'est la Nouvelle-Orléans.

En m'y baladant, je me suis plusieurs fois fait la réflexion que cette ville serait typiquement le genre de ville américaine dans laquelle je pourrai vivre à long terme. 


Carrboro est trop petite, Washington trop morte, New York un peu trop cinglée, Boston beaucoup trop propre... 
Bon, c'est vrai, je n'ai pas encore vu tant de villes américaines que ça. Mais déjà, NOLA la mignonne remporte tous les suffrages. 



Je suis arrivée mercredi en fin de journée, et j'ai retrouvé Tomas à l'aéroport Louis Armstrong. Pierre, chez qui on allait loger pendant ce séjour, est venu nous chercher. 
Sa maison était un peu excentrée du centre-ville, le French Quarter, mais c'était tout de même largement desservi. On adore le bus, en plus. 

La Nouvelle-Orléans est une ville à l'image des Etats-Unis eux-mêmes. 


Incroyablement multi-culturelle, bercée par l'influence coloniale française, espagnole, créole...  On dit beaucoup que la Nouvelle-Orléans est une ville dangereuse depuis l'ouragan Katrina. Je n'ai pas vraiment ressenti de tension quand j'y étais mais je ne me suis aventurée dans les quartiers un peu moins mainstream que pour un court laps de temps en plein après-midi. 
Et puis je crois dur comme fer depuis toujours que ton comportement avec les gens va induire le comportement des gens avec toi. 


C'est surement faux dans la plupart des cas, mais ici, ça a très souvent fait ses preuves. 

L'ouragan Katrina, tout le monde en parle. Même si c'était il y a déjà 7 ans, tout le monde en parle ici. Dès qu'on cause un peu à quelqu'un dans le bus ou dans la rue, l'ouragan ne tarde pas à arriver dans la conversation. 

Certains ont tout perdu mais le vivent relativement bien, en se disant que c'est un nouveau départ, pour une nouvelle vie. 

D'autres ne veulent pas tout à fait tourner entièrement la page et travaillent encore sur leur maison dévastée. 
On a l'impression que personne ne le vit comme une fatalité. 

L'ouragan est passé, mais la vie continue.

On est allés faire un tour dans le quartier qui a été le plus atteint par les inondations. Evidemment, il était désespérément pauvre, très majoritairement peuplé de noirs et complètement délabré. Abandonné des hommes et du monde. 

La Nouvelle-Orléans est typique d'une ville du Sud. Les gens. Chaleureux, ouverts, serviables. Comme ce père et son fils qui nous ont pris en voiture, voyant qu'on attendait le bus dans le froid... Ou cette meuf semi-bourrée (à 3h de l'aprem) qui a proposé à deux coréens paumés de les héberger chez elle pour la nuit... 
Si la Nouvelle-Orléans était en Europe, ce serait définitivement une ville méditerranéenne, du Sud de l'Italie ou même du Maghreb. 

Mais le plus important à la Nouvelle-Orléans, au fond, ce n'est ni l'ouragan, ni la bouffe créole, ni les gens. C'est la musique! 
On m'avait dit qu'il y avait de la musique partout, tout le temps. J'avais pas du tout imaginé ça. C'est vrai, il y a de la musique absolument partout, absolument tout le temps. 
Au resto, les musiciens jouent en live, dans les supérettes, le jazz passe à la radio, et les bars... aaah les bars. On dirait des endroits d'un autre temps, coincés dans les années 1950 où on en savait beaucoup moins sur tout et où s'en foutait aussi. La plupart sont minuscules mais pleins à craquer. Le mec à l'entrée ressemble à Hemingway s'en fout de ton âge, de toute façon il est ivre lui-même. A l'intérieur, tu entends parler à peu près toutes les langues, ou plutôt tu les devines parce que le groupe de jazz qui est là met le feu à l'étroite scène où ils tiennent difficilement à 5 avec leurs instruments. 
Tu peux fumer à l'intérieur, tu trouves ton spot pour danser, tout le monde te parle... les gens te prennent dans leurs bras, les vieux tiennent à peine debout, personne n'y pense et tout le monde s'en fout. Toi-même, tu oublies complètement que t'es aux Etats-Unis, dans ce pays qui peut être si rigide et triste parfois. 

Je garderai particulièrement en mémoire le bar pas terrible en soi mais où une dizaine de jeunots, surement mon âge ou moins, jouaient tous ensemble du jazz traditionnel avec énergie et niaque, blancs et noirs, ensemble. Bon j'avoue je suis semi-tombée amoureuse du magnifique tromboniste re-noi qui a fait un call spécial "to the people coming right from Paris". 

La Nouvelle-Orléans se démarque vraiment du reste des Etats-Unis, en tous points, et en même temps elle est incroyablement à l'image de ce pays un peu tordu mais vraiment attachant. 

Sans transition, ni rapport, voilà trois petits liens de vidéos méga coolos, voyez les, elle sont vraiment bien! (Je n'arrive pas à mettre des vidéos viméo sur Blogspot...) 

EAT                 http://vimeo.com/27243869

MOVE             http://vimeo.com/27246366

LEARN           http://vimeo.com/27244727

samedi 19 novembre 2011

Is this what democracy looks like?

Mon dernier article remonte a presque deux semaines maintenant. C’est pas tellement dû au fait que je suis absolument débordée, mais plus que la vie suis un cours plutôt calme et tranquille.

Je suis toujours très occupée mais je n’ai pas bougé de Chapel Hill depuis deux semaines, ce qui ne m’a pas empêchée de faire des trucs très coolos tout en restant dans le coin. Comme voir en concert Pee Wee Ellis, ancien membre du groupe de James Brown qui a littéralement mis le feu funk dans la salle d’opéra ou il jouait.

J’ai aussi vu les hipsters australiens d’Architecture in Helsinki, et même si le show était mémorable et excellent, ils transpiraient la fraichitude et l’arrogance.

J’ai aussi vu une pièce de théâtre magnifique et intelligente sur les révoltes dans les bus réservés aux blancs ou aux noirs dans les années 50. Ça m’a beaucoup fait me questionner sur la question des communautés ici, mais je ne sais pas si j’arriverai à l’aborder avec tout le recul et l’intelligence qu’elle mérite.

Je m’aperçois simplement en vivant ici que si la ségrégation n’est plus dans les lois, elle reste indéniablement dans les faits. Les couples mixtes sont rares, très rares, les noirs, blancs, asiatiques, arabes et juifs ne se mélangent pas, et ils ont tous l’air de trouver ça normal. Ils l’expliquent d’ailleurs sans problèmes : on n’a pas la même culture, les mêmes références, la même origine. On ne s’intéresse juste pas aux mêmes choses. Mais ça ne veut pas dire qu’on est racistes, on est juste indifférents. Ce qui est peut-être pire.

Je ne savais pas trop si j’allais la poster ici, mais finalement pourquoi pas. J’ai enfin pris le temps de monter les images que j’ai rapporté de New York. En réalité, ça ne m’a pris que deux jours, c’est très loin d’être parfait, je vais encore faire pleins d’autres versions, mais ça a définitivement été la meilleure façon d’apprendre le montage un peu plus en profondeur. Genre en supprimant la moitié de la vidéo mais pas de l’audio, en foirant les couleurs si bien que certains passages étaient littéralement violets. J’ai déjà eu quelques feedbacks de mon pote en dernière année de ciné, et j’ai plus ou moins une vague idée de ce à quoi va ressembler ma prochaine version. Et je pense en faire une en français aussi. Ceci dit, j’attends encore pleins de retours, si vous avez des critiques ou idées, je veux les entendre !



Mercredi, c’est Thanksgiving, et je vais à la Nouvelle-Orléans pour 5 jours.

Happy Thanksgiving !

NB : je viens de m’apercevoir à quel point la qualité est merdique sur Blogspot. Je vais la mettre sur You tube pour de meilleures images. En réalité la qualité est HD donc vraiment chouettos. Stay tuned !

dimanche 6 novembre 2011

big girl

Je rentre d’un week-end palpitant, encore un, qui encore une fois m’a semblé duré bien plus longtemps que deux journées.

La semaine dernière n’avait rien de particulier, ma baisse de motivation s’est encore plus faite sentir jusqu’à ce que je passe littéralement 4h dans mon lit jeudi aprem, à mater des séries débiles, et ne rien faire, pour repartir totalement reposée et fraîche le lendemain matin.

Vendredi aprem donc, on est partis pour Trenton.
Mon pote américain Ethan nous a invité chez lui, nous = 10 internationaux, pour le week-end.

Trenton c’est une minuscule ville près du bord de mer où le besoin de voiture se fait encore plus sentir que nulle part ailleurs.
On était logés dans la maison de l’oncle et la tante d’Ethan, décédés il y a quelques mois. Ses parents avaient décidés de faire une grande fête dans cette maison, pour nous.

Son oncle était philosophe, écrivain, artiste.

Il y avait une collection incroyable de livres d'époque dans une des petites pièces du sous-sol, où on a passé beaucoup de temps vendredi soir à s’imprégner de ces livres pleins d’histoire.

Il y avait une édition de Meine Kampf. J’étais dans un état d’esprit étrange, et réellement totalement chamboulée en en lisant certaines parties. C’est très déstabilisant.

Vendredi donc, on est arrivés tard, tout le monde était un peu crevés alors on n’a rien fait de spécial.

Le lendemain, on est allés visités le grand père d’Ethan et faire un coucou au repas du soir : un énorme porc au barbecue. Un porc tout entier, au barbecue. Il a cuit pendant environ 5h avant que diner se fasse, vers 17h. J’ai eu droit à du chili végétarien et des crackers.

Pendant la cuisson, j’ai tiré à la carabine. C’était vraiment étrange parce que c’est un truc qui nous parait tellement irréel à nous.

Genre, le père d’Ethan est totalement démocrate et ouvert etc., mais sa famille possède quand même 8 flingues et la pratique se transmet de génération en génération. Genre le petit frère de 15 ans trouve ça trop saucé de pouvoir jouer avec des fire gun. Genre, pour son 8ème anniversaire, il a eu un fusil de chasse.

Je crois que tirer ça m’a un peu fait comprendre, quand même. Honnêtement, c’est une telle montée d’adrénaline et t’as tellement envie de toucher ta cible que je peux comprendre qu’on se prend au jeu.
Et puis… c’est le deuxième amendement, et ils y ont très attachés.

J’ai l’impression de mieux comprendre certaines choses en les expérimentant de l’intérieur.
Je trouve toujours ça un peu dingo de pouvoir posséder une arme avant d’avoir le droit de toucher à une goutte d’alcool ou avant d’avoir le droit de vote.

Ce week-end, c’était aussi mon anniversaire. Oui, j’ai ENFIN 21 ans, ce qui veut dire que je vais enfin pouvoir entrer dans n’importe quel bar où je veux aller sans me demander si me vais me faire tej ou pas.
Après une soirée d’anniversaire pour le moins mémorable, on a mangé des gaufres ce matin et on est allés se jeter dans l’atlantique.
Bonheur de nager dans l’océan un 6 novembre, il faisait un peu frisquet mais c’était tellement tellement coolos.

Journée atypique, après l’océan, on s’est incrustés dans une Eglise pendant la messe. Beaucoup de chants, beaucoup de cheers et de partage. Ca aussi, ça m’a aidée à comprendre beaucoup de choses.

Que la religion aux Etats-Unis est très présente mais ça c’est pas une nouvelle, mais surtout que pour beaucoup c’est un des seuls liens social, moment de récréation et de divertissement. Ils chantaient tous à l’unisson, certains jouaient des instruments, souriaient. C’était chaleureux. CHA-LEU-REUX. 

Il a fallu que je vive aux Etats-Unis pour comprendre que ça existe encore, les gens chaleureux.

On s’est baladés, on a rencontré un couple de vieux chez qui on a passé un petit moment et on a simplement roulé à travers la Caroline, et c’était tellement bien.

J’oublierai jamais mes 21 ans.

Merci à tous pour vos gentils messages, e-mails et posts. Même si je n’ai pas vraiment donné de nouvelles autres que par ce blog, je pense à vous, fort !

Et je vais arrêter de promettre des photos, parce que manifestement, elles ne viendront pas de si tôt. Ou plus vraisemblablement sur Facebook, so stay tuned.

Love !

mardi 1 novembre 2011

Marie ou Maryline



Non je ne vous ai pas oubliés mes mignons, j’ai beaucoup de choses à raconter même si ma vie a été moins palpitante la semaine qui vient de s’écouler.

J’ai été rattrapée par une flemmite très très aigue. Apres un mois d’octobre survolté, où je n’avais pas une seule seconde pour moi et où je passais mes journées a courir d’un bout a l’autre du campus, j’ai eu une semaine plutôt light, niveau boulot et sorties.
Grave erreur.
J’ai perdu la pression qui m’empêchait de penser à la fatigue et depuis, je ne rêve QUE de mon lit dans lequel je voudrais passer le reste de ma vie.

Alors aujourd’hui, j’ai envie de parler d’un truc un peu plus général et moins « je raconte ma vie », le MACHISME typiquement américain.

Peut-être et même surement, ce machisme est-il plus ressenti dans le Sud des Etats-Unis.

Vendredi soir, je ne sais pas trop comment, on s’est retrouve dans un espèce de club/boite pour asiatiques. Oui, ici les communautés sont tellement prononcées que même les endroits pour sortir sont stigmatisés et stigmatisants.
Deux danois, deux allemands, une suédoise et une française dans une marée d’yeux bridés.
Que les choses soient claires, même malgré ma récente et angoissante expérience des bus Chinatown, je n’ai rien contre les asiates.
On pourrait imaginer que conformément aux clichés, ils pratiquent une drague discrète et un peu coincée… NON monsieur !

Je n’ai jamais vu un putain de grinding aussi intensif et malsain.

C’était également la soirée d’Halloween donc l’objectif des meufs était de gagner le concours de la jupe la plus raslafouf qui soit. La compétition était très très intense.

Et c’est la que tout m’a frappée.
J’avais déjà, bien sur, constaté que le statut de la femme en Caroline différait sans subtilités du statut de la femme a Paris, du moins celui que j’éprouve au quotidien. 




Dans ce club, je me dandinais avec énergie comme j’aime le faire, faisant semblant de maitriser des mouvements oufs de hip hop sur le bout des semelles, quand un ignoble male asiate m’approche, me regarde avec des yeux en demande, se met en position et attend. J’ai pas compris. En fait, c’était juste la manière de ce gros con de me dire « vazi meuf, danse avec moi, je commande un grinding en bonne et due forme et ca a intérêt a être bon »
J’aurai bien répondu un bon gros FUCK OFF mais j’étais bien trop sur le cul pour penser a quoi que ce soit.

Et la, ca m’a frappée, encore.

J’ai regardé autour de moi, et toutes ces petites chicks asiats en micro robe lycra importée du Bangladesh remuaient leur fessier de façon beaucoup trop ostentatoire et gratuite contre l’entrejambe de grands crétins, adossés contre le mur, attendant que besogne se fasse. 

De façon plus générale, les hommes de Caroline semblent classifier les femmes dans deux catégories imperméables et fondamentalement opposées : la sainte et la putain. Prude or slut, choisis ton camp.


La sainte, c’est l’image de leur mère, nourricière, qui reste a la maison et joue a la housewife dans la joie et le jardinage, a qui on emmène sa lessive pendant les vacances (sérieusement vu un mec avec un énorme sac de fringues sales dans le bus pour l’aéroport). Je gerbe.


La putain, c’est cette meuf qu’ils respectent pas pour un sou, qui est tellement conne que tu peux lui demander un grinding et elle dira oui, avec qui t’as pas vraiment envie d’être vu mais qui est un bon plan cul, un individu comme un morceau de chair, sans sentiments ni émotions. Je gerbe aussi.

Très inconsciemment, mais parfois aussi très consciemment, les hommes de Caroline te foutent dans une case rigide qui ne correspond absolument pas à toutes les subtilités et nuances de la personnalité de chaque individu du monde entier.

Même certains potes américains sont tellement ancrés dans ces clichés qu’ils veulent toujours t’emmener partout, ne pas te laisser prendre le bus, tout organiser pour toi, sans penser que MEC, peut-être que moi j’ai anticipé 50 000 fois les situations que tu me dis d’éviter.

C’est tellement ancre dans leur identité sociale que l’homme prend les décisions, organise la vie du foyer et prend soin de sa jolie petite femme pendant qu’elle même fait la cuisine et passe l’aspirateur.
L’épanouissement ici pour les femmes passe par la famille et le couple, pour les hommes c’est le travail et la carrière.
Insupportable.

Pour finir, je ne citerai que les émissions de cuisine a la télé, intitulées « Mom’s cooking » ou cette autre dont la pub montre une femme disant : « As moms, we spend a lot of time in the kitchen ». Voilà.

Promis, des images très vite.