Ca faisait un petit moment que je pensais à cet article, que j'avais vraiment envie de parler d'une manière ou d'une autre des droits de la femmes aux Etats-Unis, particulièrement dans le Sud.
L'un des débats que j'ai le plus suivi jusqu'à maintenant aux Etats-Unis a été celui concernant l'avortement. Je suis atterrée de voir que les pratiques que j'évoque dans cet article sont effectivement appliquées. J'ai essayé d'être la plus précise possible. Pour un article de fond, c'est assez court, mais sur un sujet pareil c'est extrêmement dur pour moi d'écrire beaucoup sans verser dans le pamphlet politique. Je ne suis pas restée neutre dans ces lignes, mais j'ai tout de même essayé de retranscrire les faits tels qu'ils sont, avec un maximum de justesse. J'attends vos retours.
Bisou!
De l'avortement en Amérique
La campagne pour la présidentielle américaine bat son plein et chacun sait, en toute rationalité, qu’elle sera décisive sur certains thèmes auxquels les électeurs américains sont particulièrement sensibles. Parmi ces thèmes là, l’avortement. L’avortement aux Etats-Unis a connu et connait toujours un tortueux chemin pour être reconnu et surtout appliqué comme un droit.
Le 22 janvier 2012, les Etats-Unis célébraient le 39eme anniversaire de l’arrêt de la cour suprême Roe versus Wade, rendant légal pour les femmes d’interrompre leur grossesse au cours du premier trimestre. Depuis, la légalité et la procédure d’avortement devrait en principe dépendre de la législation de l’Etat fédéral, sauf procédure législative particulière pour s’y soustraire, et devrait appliquer les closes décidées suite a Roe versus Wade. C’est rarement le cas.
Avorter aux Etats Unis, c’est possible?
Si l’avortement est largement accepté dans les Etats progressistes des Etats-Unis, le Sud et le Midwest restent des terres ou les droits des femmes et leur position dans la société laisse encore à désirer.
Apres l’Alabama, l’Arizona, la Floride, le Kansas, la Louisiane et le Mississippi, le Texas est devenu au début du mois de février le septième Etat américain à imposer aux femmes désirant avorter l’écoute du son produit par le cœur du fœtus avant de prendre une décision. Les partisans du mouvement pro-life justifient la plupart du temps ces mesures par leur croyance religieuse, et l’application du cinquième commandement de la Bible. Lorsque ces derniers n’évoquent pas la religion, ils proclament aider la femme, la libérer de la pression de la société et la guider vers le bon choix.
“Plus vite nous pourrons procurer des ultras sons aux femmes considérant l’avortement, plus le nombre de vies que nous pourront sauver sera important.”, a déclaré l’ancien candidat aux primaires et gouverneur du Texas Rick Perry.
Mais dans l’Etat républicain, la procédure d’avortement ne s’arrête pas là. Avant de l’opérer ou de lui administrer le moindre médicament, le praticien doit impérativement montrer et décrire en détails l’image obtenue par échographie à la patiente. Après l’image et le son, les femmes doivent prendre une période de 24 heures, en dehors de tout contact avec les équipes médicales, et revenir seulement après ces 24 heures pour subir l’avortement si elle le souhaite toujours.
L’ambition est claire : rendre l’avortement quasi impossible, très lourd psychologiquement en rendant les femmes coupables d’un geste qu’elles regretteront forcément, c’est évident.
Le Texas, après un long procès en défaveur de la loi, est le premier Etat à faire entrer dans sa législation ces trois dispositions réunies (ultrasons, image, description), mais ces innovations ont vite fait des adeptes.
State of North Carolina VS Planned Parenthood
Le 29 septembre 2011, Planned Parenthood (l’équivalent du Planning Familial), parmi de nombreuses autres associations protégeant les libertés et les droits des femmes, a décidé d’amener la loi sur la procédure d’avortement, fraichement voté à la Chambre de Caroline du Nord, devant les tribunaux.
Après l’Oklahoma, la Chambre des représentants de Caroline du Nord, majoritairement républicaine malgré une gouverneur démocrate, a voté une modification de la procédure d’avortement. La nouvelle loi ressemble de très près à la législation texane.
Là encore les arguments se suivent et se ressemblent. Paul Stamm, membre de la majorité n’a pas hésité à déclarer à un journaliste de la chaine local ABC 11 que “99% des femmes qui avortent sont mal informées quant aux nombreux dangers de la procédure”.
De l’autre côté, Planned Parenthood, qui pratique des avortements et prodigue des moyens contraceptifs, dénonce l’intrusion des politiciens dans la relation docteur-patient. En effet, l’organisation argumente que non seulement ces procédures limitent incroyablement la liberté des femmes, et les culpabilisent au plus haut point, mais elles dégradent également considérablement la relations que les patientes entretiennent avec leurs médecins, qui apparaissent dès lors comme les prêcheurs d’une idéologie à laquelle ils n’adhèrent pas forcément.
Tout comme en Oklahoma, la cour de Caroline du Nord n’a pas encore rendu de décision quand à l’application ou non de ces nouvelles procédures. En attendant le jugement, l’application de ces dispositions n’est pas encore requise lors de la procédure, pendant que certains Etats, comme la Virginie, se dirigent vers des législations similaires.
Et maintenant ?
Lors de sa campagne de 2008, Barack Obama avait milité pour son plan de sécurité sociale pour tous, surnommé ObamaCare. Alors que sa dernière année de mandat se consume rapidement, le président américain espère mettre en place certaines dernières mesures dans cette direction.
Concernant la contraception, le président Obama se prononce en faveur d’une contraception gratuite pour toutes. Un pas monumental pour donner aux femmes le choix.
Les institutions affiliées à des groupes religieux contre la contraception ont alors créé la polémique en annonçant qu’elles refuseraient tout simplement de payer les traitements destinés à leurs employées. Le président s’est donc rabattu sur un compromis : les assurances seront chargées de prendre en charge les frais de contraception pour les femmes employées par ces institutions (principalement des universités et hôpitaux).
Du côté des 4 candidats républicains encore en lice, tous se prononcent pour le renversement de l’arrêt Roe versus Wade, afin de faire en sorte que l’avortement puisse devenir une pratique entièrement illégale pour les Etats qui le souhaitent.
Ainsi, le Texas, l’Oklahoma, la Caroline du Nord et bientôt la Virginie n’auront plus à faire preuve d’une imagination débordante pour bannir l’avortement; la loi s’en chargera.